Bienvenue sur la page publique de l’Extranet du réseau. Les accès ci-dessous sont réservés aux membres du réseau.


La FREDON Lorraine accompagne les viticulteurs vers l’agroécologie

vendredi 25 mars 2016

"Un sol sain pour le vin"
Plus de la moitié de la superficie du vignoble lorrain sera bientôt engagée dans une démarche agroécologique pour limiter l’usage de pesticides (article vu dans l’Est Républicain du 2 mars 2016).

En lisière d’une rangée de ceps bien taillés, on a creusé une petite tranchée. Un geste nécessaire pour permettre à Lydie et Claude Bourguignon de livrer leur diagnostic. 

Il tombe rapidement : la matière organique présente est bonne, mais l’enracinement de cette vigne plantée sur une parcelle argileuse manque de profondeur. Une terre trop humide qu’il faudra sans doute drainer.

Réparti autour des deux scientifiques, un groupe de viticulteurs lorrains ne perd pas une goutte de leurs conseils, notamment cette idée de semer avant les vendanges des céréales, moutarde ou blé, afin d’améliorer la porosité du substrat. Le couple d’experts a été invité dans ce coin des Côtes de Meuse par l’antenne lorraine de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon). 

Syndicat professionnel spécialisé dans la santé du végétal, la Fredon s’efforce de sensibiliser toutes les filières agricoles au florilège des alternatives à la chimie de synthèse. Le rayon d’action des deux Ingénieurs agronomes. En 1990, ils ont fondé le LAMS, acronyme de Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols. 

Cet outil technique qui a pour vocation de restaurer la biodiversité de la terre leur vaut d’être sollicités un peu partout en France et à l’étranger pour leurs lumières. Et l’activité viticole est en première ligne. Rappel utile : si le vignoble n’occupe environ que 4 % de la surface agricole utile de la métropole, il consomme aussi 20 % des pesticides épandus dans le pays. Un tropplein de traitements phytosanitaires qui pèse de 
plus en plus sur l’image des terroirs, quand ce n’est pas sur la propre santé de leurs acteurs… Savoir perdu Bien que modeste en taille avec ses 250 ha, le vignoble lorrain a pris la mesure du problème : « neuf viticulteurs, dont trois certifiés bio, ont adhéré au réseau des fermes Dephy dès sa création en 2012 », explique Jan Tailler de la Fredon, « et trois ou
quatre exploitations envisagent de les rejoindre. Au final, plus de 50 % de la superficie des vins AOC du Toulois et de la Moselle ainsi que ceux de l’IGP Côtes de Meuse sera impliquée dans le système. » Basée sur le volontariat, la démarche s’inscrit dans le cadre du Plan Ecophyto 2 orchestré par le député de Toul Dominique Potier. Objectif : réduire l’usage des substances actives de 25 % d’ici 2020, puis de 50 % à l’horizon 2025. À Combres­sous­ les ­Côtes, le Domaine de Muzy a relevé le Dephy dès son lancement. L’exploitation familiale veille sur 10,5 ha de vignes cultivées en biodynamique (linéaire enherbé, traitement au cuivre et au soufre, engrais naturels à partir de tisanes d’orties, de prêles ou d’achillée) pour une production annuelle de 60.000 à 80.000 bouteilles d’Auxerrois, pinot et autres vins gris nantis d’une solide notoriété qui dépasse les frontières de la Meuse. Mais pas question pour Thibaut Liénard et sa famille d’en rester là : « en Lorraine, nous avons encore beaucoup à faire pour produire des grands vins. Mais pour y arriver, il faut reprendre les bases », dit­il. Les bases ? « La grande majorité des vignerons ne connaissent pas leurs sols », souligne Lydie Bourguignon, « tout simplement parce que les multinationales de l’agrochimie ont complètement retiré ce savoir aux paysans. » Dans la Meuse, le message est passé sur un fondamental trop oublié : plus on redonne de la vie à la terre d’un vignoble et plus on améliore la qualité de son vin.

Patrice COSTA